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16 décembre – 16ème jour de l’Avent

Publié le 16 décembre 2018 par Corinne.B

Suite de notre histoire, de Gilles Geiser, lors de la Première Guerre mondiale …

— Sie haben Kinder ?

— Ja, drei…

— Moi aussi ! Vier, sechs und acht Jahren.

— On ne sait pas bien parler de tout ça, nous, déjà en français… alors imagine en allemand ! qu’il me dit ! Mais j’avais déjà compris. J’avais compris les larmes de ces hommes. Les larmes qui viennent toutes seules, quand on se rend compte que celui sur qui on était censé tirer a la même histoire que nous, sous-titrée en allemand, c’est tout. La même mère, qui prie le même Dieu, pour la même protection. La même fiancée qui attend et qui espère en pleurant.

Il pleurait, mon Rémy. Comme un gosse. Du coup, c’est moi qui l’ai pris dans mes bras.

— Alors, comme on n’avait plus grand-chose à se dire, et qu’on n’avait pas envie de tous chialer, il y en a un qui a sorti un ballon, et on a joué au foot. Contre les Allemands et contre les Anglais. J’ai marqué trois buts, qu’il m’disait, la voix entrecoupée par des sanglots d’émotion. « S’ils ont joué au foot, c’est que c’est vrai ! » ai-je songé en souriant.

J’avais en face de moi le premier Français à être sorti des tranchées. Le premier à avoir entonné le chant de Noël dans ma langue maternelle, le premier à avoir désobéi à l’ordre et à la hiérarchie. J’étais fière. Il avait cherché le soldat allemand sorti des tranchées en premier pour le remercier, il ne l’a jamais trouvé… C’était peut-être un ange, au fond, hein ? Un ange… ça tomberait bien, dis, en ce jour de Noël.

C’était dix heures du matin, mais j’avais l’impression d’avoir déjà vécu tout une journée. L’équipe devait rentrer, repartir en colonne, reprendre sa place, se re-trancher. Mais ce matin-là, ils étaient partis le cœur sans haine.

Je me vois encore, à dix heures et quart, dans le bistrot vide, espérer un miracle pour Noël. Je ne sais pas, moi : la fin de guerre, la fin de cette folie… un miracle, bon Dieu ! Je ne me souviens plus trop comment j’ai tenu le bar durant cette journée, mais toujours est-il qu’en rentrant à la maison, ce soir-là, je me disais qu’on ne pouvait pas fêter Noël comme si rien ne s’était passé. Je voulais un Noël un peu fou. Un Noël en couleurs, un Noël de piment. Assez de fadaises ! Alors voilà ce que j’ai proposé à ma mère qui préparait délicatement la nourriture qui nous restait :

— Ce soir, on invite quelqu’un !

— Qui ?

— Je ne sais pas… le premier qu’on trouvera ! Ce sera notre trésor !

L’idée avait plu à mon petit frère, toujours partant pour ce genre d’aventure. « Une chasse au trésor », tu penses !

« Le premier qu’on croise, on l’invite ! »…

…suite dans quelques jours, et toi es-tu aussi prêt/e à faire une différence dans ce monde?

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