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20 décembre – 20ème jour de l’Avent

Publié le 20 décembre 2018 par Corinne.B

Gilles continue son histoire

« Le premier qu’on croise, on l’invite ! » Bonne idée quand tu habites à Paris, Marseille ou même Strasbourg. Mais quand ton chez-toi c’est Bettesheim, le risque est grand de ne croiser personne durant des heures. En plus il faisait froid ce soir-là, très froid. La première demi-heure, on n’a croisé personne. « Pas un chat », comme on dit chez nous. Et c’était vrai ! Ce soir-là, même les chats ne sortaient pas.

C’est à ce moment-là qu’il est sorti. Lui. Juste celui qu’il ne fallait pas. Celui qui m’avait insultée sur les bancs de l’école. Celui qui m’avait fait « pis que pendre ». Me revenait en mémoire l’épisode où, petite, on avait dû me couper les cheveux, parce que cet « emplâtré » m’avait posé de la résine sur ma chevelure bouclée.

— Ça, je ne te le pardonnerai jamais !!! Je m’entendais encore le dire. Je le disais encore ! Igor, qu’il s’appelait… le fils du menuisier.

« Mais rentre chez toi, Igor ! qu’est-ce que tu fais dans la rue !?! » Voilà la phrase qui m’était passée par le cœur. Comme une flèche. Rapide. Percussive. Parce que les sentiments n’étaient pas guéris. C’est fou ce que ça remonte vite à la surface, un sentiment pas guéri ! On dirait une fusée prête à décoller, une fusée qui attend son heure depuis des années. Et ça part sans t’avertir. Bien sûr, les années avaient passé, mais rien n’y avait fait… Les émotions ont une mémoire que la mémoire ne contrôle pas. Elles gardent bien actives les cicatrices qu’on nous a faites. Comme si elles étaient restées ouvertes…

J’étais encore en plein dans le brouillard de mes ressentis quand je me suis aperçue que mon petit frère – Samuel – était déjà parti à la rencontre d’Igor. Je ne pouvais plus le rattrapper, c’était trop tard ! Il ne me restait qu’à prier qu’Igor refuse l’invitation. Mais, dites-moi, qui a eu cette idée stupide d’inviter la première personne qu’on allait croiser ?!?! Le mal était fait… Igor semblait accepter… avec joie même ! Je savais que c’était juste de l’inviter. Mais parfois, savoir ne suffit pas.

J’avais pleuré d’émotion, le matin même, en écoutant le récit d’ennemis se serrer la main ; je me rendais compte que j’en étais bien loin. Comme si les tranchées de mon propre cœur étaient creusées plus profondément que celles de Verdun.

C’est facile de pleurer en voyant les autres se réconcilier. Cela devient plus délicat lorsque…

Quelle sera la fin?

Belle journée

 

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