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23 décembre – 23ème jour de l’Avent

Publié le 23 décembre 2018 par Corinne.B

Et voici la fin de l’histoire à Gilles….

C’est facile de pleurer en voyant les autres se réconcilier. Cela devient plus délicat lorsque c’est ton histoire que ça touche, ton cœur, ta vie. A ces moments-là, simplement tendre la main, ça demande un effort surhumain.

— Bonsoir, Igor… (Essaye d’être polie !!)

— Bonsoir.

Trois mots… c’était suffisant pour l’instant. Fallait pas trop m’en demander non plus, hein ?! La neige continuait de tomber sur les routes de mon village. Elle crépitait sous nos pas. Une neige lourde de flocons trop humides.

Igor avait accepté ce silence. Il en avait peut-être besoin lui aussi. On est arrivé chez nous. La chaleur de la maison, associée au fumet du festin de Noël, allait faire tomber les dernières barrières qui s’étaient érigées entre Igor et moi durant toutes ces années. Il m’a fallu une bonne demi-heure, quand même, pour que ma colère soit totalement apaisée. Ensuite on a parlé. Je me suis rendu compte qu’il avait changé. Alors on a appris. Appris à se connaître. Appris à se comprendre, à s’écouter. Tout simplement. Son père le battait lourdement quand il était gosse, sans autre explication que juste parce que « c’était comme ça ». Pas d’amour… « Un enfant élevé sans amour, ce n’est pas seulement un enfant élevé sans amour », que je me disais… « c’est un enfant nourri à la haine ! » Ça n’explique pas tout, d’accord… mais ça change quand même pas mal de choses. Ça aide à comprendre. Ça m’aidait à comprendre, en tous les cas.

Je sentais que je tournais la page, que les ressentiments n’étaient plus tapis à la porte de mon cœur.

— Ton père te frappait Igor ? Je ne le savais pas. Je ne l’avais pas imaginé. Je suis désolée.

J’avais envie de le prendre dans les bras.

A la fin de la soirée, comme à l’accoutumée, on a lu le récit de Noël (ça se faisait, à cette époque, dans les chaumières de Bettesheim). Je l’avais déjà entendu des milliers de fois, ce récit. N’empêche, ce soir-là, une phrase m’a frappé le cœur comme si c’était la première fois que je l’entendais. Une phrase toute simple. Cinq mots qui changent tout : « Rien n’est impossible à Dieu » (Luc 1.37).

On s’est quitté sur cette lecture, à la lueur des bougies. Il faisait moins froid qu’en début de soirée… Nos cœurs s’étaient réchauffés.

C’était mon premier Noël de guerre. Mon coeur avait fait la paix.

***

PS. Le jeune Rémy est souvent revenu à l’auberge du village. D’abord pour y boire, ensuite pour me voir. Il est devenu mon mari, juste après la fin de la guerre. Il est mort, il y a treize ans maintenant. Nous avons eu quatre garçons. On a été heureux. Et chaque année, en famille, à Noël, on a fait des « chasses aux trésors », comme on les appelait. Même sous la pluie, même sous la neige. « Le premier qu’on croise, on l’invite ! »

On a connu des Noëls sans argent, des Noëls sans cadeaux… mais jamais de Noël sans trésor !

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